Sémion Ezrovitch DOUVAN

Sa vie

D’après :

V. A. Koutaïsov, M. V. Koutaïsova « S. E. Douvan "J’aime Eupatoria..." Les paroles et les actes de Maire de Ville », Eupatoria, Ioujnogorodskié védomosti, 1996

Sémion Ezrovitch DOUVAN, né le 1er avril en 1870 et mort le 5 février en 1957, est justement reconnu comme l’un des plus marquants représentants de la municipalité de la province de Tauride (Tavritcheskaya). Il est né dans une famille aisée et même peut-on dire dans une famille aristocratique caraïme d’un citoyen de marque héréditaire de la ville d’Eupatoria, un marchand de second corps de la deuxième guilde Ezra Issaakovitch DOUVAN. Ce nom de famille traduit du caraïme en russe veut dire « gouverneur ». Sa mère, Bitcha Simovna née BOBOVITCH, est morte en 1912. Elle était la fille du premier hakham (chef religieux des Caraïmes) du conseil d’administration spirituel des Caraïmes de la province de Tauride et d’Odessa. Sémion Ezrovitch DOUVAN doit son prénom à Sima Solomonovitch (plus connu comme Khadji Aga), son grand-père de la ligne maternelle qui a été respecté par tous les Caraïmes et qui est mort en 1855. Notamment, il mentionne son nom dans son discours de bienvenue en l’honneur de la visite d’Eupatoria par l’empereur Nicolas II avec sa famille impériale prononcé le 16 mai 1916. Son frère cadet Isaak porte le prénom de son grand-père de la ligne paternelle.

Leur père (1844 – 1906) pendant presque 40 ans, jusqu’à sa mort, a été conseiller municipal du Zemstvo (assemblée) municipal d’Eupatoria, il a été constamment élu à la Douma (conseil) municipale, les dernières années (1903 - 1906), il a été conseiller du Zemstvo de la province de Tauride, membre du conseil local des médecins. En plus de cela, Ezra Issaakovitch DOUVAN était honorable juge, honorable curateur du gymnase pour garçons et le président du conseil de tutelle du gymnase pour les filles. D’ailleurs, toutes ces fonctions ne lui donnaient aucun avantage matériel, bien au contraire, il a en permanence répondu aux besoins des moyens des sociétés. Particulièrement, il s’est préoccupé des questions d’instruction publique. Peut-être, cela pouvait s’expliquer du fait qu’il n’avait pas reçu d’instruction supérieure et malgré le fait que la famille ait été riche, il a commencé à travailler très tôt.

Ezra Issaakovitch DOUVAN a laissé de bons souvenirs auprès de ses contemporains par le biais d’une très large (et souvent anonyme) philanthropie : le total de ses dons représente environ 150.000 roubles. Il a donné de l’argent pour la construction des gymnases pour les garçons et les filles, l’église des Saints Cyrille et Méthode, la cathédrale orthodoxe de Saint Nicolas et beaucoup d’autres choses. Dans son testament il a légué 25.000 roubles à Eupatoria et deux magasins valant la même somme, les revenus desquels devaient servir à aider les gens les plus pauvres d’Eupatoria. De même, le testament concernait le séminaire caraïme du nom d’Alexandre, l’école primaire, les deux gymnases, la synagogue, les employés des magasins etc. Outre cela, au gymnase des garçons il a légué sa bibliothèque personnelle et aussi il a donné 8.500 roubles pour les bourses d’études supérieures des enfants de pauvres citoyens. Pour marquer leur reconnaissance, l’office des morts a été célébré dans des cérémonies de confessions orthodoxe, musulmane et caraïme.

En perpétuation de la mémoire d’Ezra Issaakovitch DOUVAN, la Douma municipale a érigé un asile de vieillards à son nom qui a été ouvert à toutes nationalités et croyances et qui a coûté 14.000 roubles.

Sémion Ezrovitch DOUVAN a commencé à exercer son activité publique à la fin des années 1890 et jusqu’à la mort de son père il était en même temps que lui conseiller municipal de la Douma. Il a terminé les sept classes au lycée de Simféropol, alors que le titre qu’on lui a donné, « Secrétaire de collège », sous-entendait un enseignement supérieur. Egalement, il n’a pas reçu d’enseignement caraïme, c’est-à-dire l’enseignement dans sa langue maternelle avec l’étude de la littérature caraïme, il a été éduqué par son père dans un esprit européen. Quoi qu’il en soit, depuis 1898, il a été conseiller municipal de la Douma d’Eupatoria, et du 22 mai 1902 au 18 avril 1906 – membre de la municipalité. Dès qu’il fut élu dans la collectivité locale, il devient le membre le plus actif, de lui viennent beaucoup de propositions, il lance constamment des rapports, concernant les différents aspects de la vie municipale, son nom figure presque toujours sur des documents officiels de la Douma.

S. E. Douvan s’intéressait à tout et trouvait le temps pour tout : il se préoccupait à mesure égale du pavage des rues d’Eupatoria et de l’équipement des boutiques où travaillaient les gens pauvres sur un plancher en bois. Il travaillait énergiquement, avec les membres de toutes les commissions. Déjà en 1899 S. E. DOUVAN fut honoré par la Douma pour avoir obtenu de Saint-Pétersbourg une subvention de 250.000 roubles, ce qui a permis de paver les 2/3 des rues d’Eupatoria. Grâce à lui en 1903, l’Etat a donné les crédits pour la jetée du port, cependant ce projet n’aboutit pas, parce que la guerre russo-japonaise avait commencé. En 1903, Douvan réalisa une grande tâche : il réorganisa les impôts fonciers, il régla les travaux du tissu urbain, des réseaux d’évacuation sanitaire et d’adduction d’eau, il traça les premières routes et des rues dans le quartier des villas, améliora le travail des marchés.

Les capacités d’organisation de S. E. DOUVAN se sont particulièrement révélées après sa nomination en tant que Maire le 3 mai 1906. Mais cette nomination a été assombrie par un incendie criminel de son moulin. A son nouveau poste il manifesta toute la largesse de ses vues, et sa capacité d’imaginer les projets du développement durable d’Eupatoria.

Au début du siècle, Eupatoria a été constituée de trois quartiers très différents par leur architecture et leur agencement urbain : quartier de l’Est caractérisé par des rues tortueuses et des maisons construites principalement sur un niveau ; celui de l’Ouest, avec un territoire relativement peu étendu, limité par le jardin public Chakaevski, possédant quelques rues bien tracées depuis les années 1890 ; et le troisième – quartier unique et original qui ne se compose que des villas. La polémique aiguë à propos de la perspective de développement de la ville s’est échauffée par rapport au problème de la construction du théâtre. La grande majorité des conseillers municipaux se cantonnaient dans les limites de la vieille ville, mais S. E. DOUVAN destinait Eupatoria à un grand avenir, celui d’une station balnéaire, profitant du climat exceptionnel des plages au sable doré. Il voulait donner aux projets de sanatoriums une dimension nationale et pensait à Eupatoria comme une Nice russe. Dans ce cas, la nouvelle ville ne pouvait plus se tasser sur le territoire initial minuscule de la forteresse Turco-Tatare, avec ses quartiers chaotiques et comportant à peine mille habitants. Cette partie d’Eupatoria lui donnait son charme oriental mais ne pouvait satisfaire aux exigences de la station. Selon S. E. DOUVAN, la ville moderne devait se développer en direction de l’Ouest, dans le quartier des villas entre le Cap Karantine et le lac Moïnakskoé. Déjà à la fin du XIX siècle tout cet espace était tracé longitudinalement et transversalement, les rues n’avaient pas de nom et étaient numérotées par commodité. Pour la réalisation complète de ce plan, il existait un seul obstacle, mais significatif : le quartier des villas d’Eupatoria était séparé de la ville principale par des terrains d’Etat. Pour cette raison, la mission principale de S. E. DOUVAN consistait dans l’acquisition de ces terres, dernier obstacle sur la voie de l’accomplissement de son projet.

Pour faire aboutir son plan dans les délais les plus courts, il lui a fallu manifester une exceptionnelle persévérance et utiliser ses relations personnelles avec les membres influents du Conseil d’Etat, avec le gouverneur ancien de Tauride V. F. TREPOV et le président du Zemstvo de Tauride A. Kh. STEVEN.

Le 12 avril 1907, le prix a été fixé symboliquement à 9600 roubles remboursables en 20 ans. La ville d‘Eupatoria devint propriétaire de ce terrain vague. En signe de reconnaissance de ses efforts désintéressés, la Douma d’Eupatoria à l’unanimité a décidé d’appeler du nom de DOUVAN, le square dans lequel serait construit le théâtre et la rue longeant le sanatorium et le square et allant jusqu’au bord de mer.

"Je suis Messieurs les Conseillers, a dit le Maire, profondément touché de l’honneur qui m’est fait en donnant mon nom à la rue. Je ne sous-estime pas mon rôle, la tâche sans aucun doute était énorme, mais l’honneur n’en revient pas uniquement à moi. J’ai fait mon devoir et dans tous les cas avec un tel résultat la ville n’est pas seulement redevable à moi mais à notre travail en commun, puisque si je n’avais pas ce large crédit que vous m’avez accordé, je n’aurais pas pu atteindre le but. Donc, vous voyez bien que tout ce qui a été fait se révèle être le fruit de notre travail commun. Je comprends très bien que l’honneur qui m’était assignée est trop grand. De mon côté, je promets solennellement que je m’efforcerai de porter le nom donné à cette rue avec mérite et ferai tout mon possible pour que la ville ne soit jamais déçue".

Un tel honneur de son vivant (pour la première fois dans l’histoire d’Eupatoria) n’était pas le fait du hasard : outre la liquidation des derniers obstacles sur la formation d’un espace unique de la ville, en deux ans de la vente des terrains la municipalité a reçu 200.000 roubles et cet argent est allé à la construction du théâtre. La construction a été réalisée en 2 ans, 1908-1910. Au cours des quelques années suivantes, un quartier contemporain a été construit avec des maisons originales du style « Moderne » dont les propriétaires ont donné 100.000 roubles au budget de la ville.

En quelques années se produisirent des changements étonnants à Eupatoria : d’une petite ville retirée et provinciale, elle devint une station véritablement moderne et le plus important était que des perspectives de développement à long terme se soient dégagées pour l’avenir. La ville est devenue un endroit attrayant pour l’investissement de capitaux immobiliers.

A la fin de l’année 1909, quand fut terminée la construction du théâtre de la ville, pour lequel le budget local alloua la somme de 150.000 roubles, S. Douvan présenta d’autres projets plus grandioses : la réorganisation d’Eupatoria pour devenir définitivement un des endroits les plus importants de Crimée pour la cure et le repos. Pour cela, à son avis, il fallait exécuter les tâches suivantes :

  • premièrement, la concentration dans les mains de la municipalité de tous les établissements de cure plus ou moins importants.
  • deuxièmement, mise en conformité avec un niveau d’exigences modernes des services collectifs en matière d’ adduction d’eau, de canalisations, de pavages des rues, d’installations du tramway, des halles, etc...).
  • troisièmement, le développement de l’infrastructure de la station (la construction de nouveaux hôtels, sanatoriums, clubs, l’organisation de nourriture bon marché et beaucoup d’autres choses).

De même, il fallait porter une grande attention à l’éducation populaire : ouvrir de nouvelles écoles primaires et agrandir les deux gymnases. Originale était l’idée de démolir les quartiers tzigane et tatare qui étaient insalubres et de construire sur cet endroit pour leurs habitants défavorisés de petites maisons qui leurs seraient cédées en pleine propriété. De cette façon, en marge des problèmes de construction la question sociale était abordée. La source permanente des maladies et épidémies fut ainsi éliminée. La construction d’un refuge suivant l’avis de DOUVAN était un devoir moral de l’administration. La réalisation d’un tel plan de grande envergure exigeait l’emprunt de 2.000.000 de roubles. Malheureusement, ce programme a été boycotté par quelques conseillers.

Dans les affaires d’Eupatoria il est arrivé qu’intervienne le Gouverneur V.V. NOVITSKI. Les opposants se sont plaints des actions du Maire, et ce dernier a répondu à chaque remarque : ainsi les deux parties ont échangé des paroles vives, toujours devant Monsieur le Gouverneur. Or, de nombreux opposants à DOUVAN ont quand même reconnu que S. E. DOUVAN n’avait pas de concurrent digne et que pour la ville cela serait nuisible d’abandonner le Maire et quelques conseillers compétents.

Or, tout s’est avéré autrement. Lors de l’élection du Maire du 7 novembre 1910, S. E. DOUVAN n’obtint pas la majorité requise. Il fut remplacé à ce poste par A. I. NEUMANN. Celui-ci était connu comme un homme sans personnalité et entièrement soumis au groupe des conseillers. Néanmoins, le but principal des personnes mal intentionnées a été atteint : DOUVAN ne fut pas réélu.

Le motif d’un tel changement n’était pas lié à ses projets du développement de sa ville natale, mais à une hostilité personnelle. En effet, beaucoup de ses plans ont été réalisés par la suite par ses opposants. Cependant, la réalisation de ses projets les plus importants n’a pas été réussie car NEUMANN et EFET qui le remplaça manquèrent de persévérance, d’énergie et des relations personnelles de DOUVAN dans la capitale. Par ailleurs, si on prend en compte ce qui vient d’être dit en fonction des événements ultérieurs – les guerres mondiale et civile– il faut amèrement constater qu’avec la mise à l’écart de S. E. DOUVAN, Eupatoria a manqué sa chance historique de faire un bond dans son développement vers le statut de station balnéaire de la Mer Noire. L’ambition du groupe des conseillers a influé négativement sur l’avenir de la ville.

Sémion Ezrovitch DOUVAN était un homme de principes et assez indépendant de la Douma dans ses opinions et décisions, il a toujours défendu ses opinions. A son encontre, il y avait beaucoup d’accusations d’autoritarisme, de recours à des moyens arbitraires dans sa lutte contre ses adversaires, on l’ a accusé d’avoir transformé la gestion publique en gestion personnelle. En même temps, tous, même ses détracteurs, ont dû reconnaître que Sémion Ezrovitch DOUVAN a sorti Eupatoria de sa léthargie. Suivant les remarques justes d’un journaliste, Sémion Ezrovich DOUVAN était une personne d’envergure qui aurait été plus convenable à Moscou qu’à la petite ville d’Eupatoria. En dehors de toutes ces qualités, sur les pages des journaux locaux, il était cité comme un homme cultivé et humain, chaudement attaché au gymnase natal, où en son temps, il avait été élevé lui-même et où par la suite il élève ses enfants.

Etant l’un des citoyens les plus riches du district, représentant d’une des plus célèbres familles caraïmes, Sémion Ezrovitch DOUVAN travaillait non pour son intérêt, mais par vocation, avec le désir d’apporter le plus possible d’avantages à sa ville natale. Son credo est exposé par les paroles suivantes :

"J’aime Eupatoria et je l’aime si passionnément comme on ne peut qu’aimer son pays natal, je crois dans son avenir radieux et proche, car les graines jetées sur la terre d’Eupatoria tombent sur une terre fertile".

La plupart des jugements équitables que Sémion Ezrovitch DOUVAN a mérités ont été donnés après qu’il ait quitté son poste de Maire. Les raisons pour lesquelles il était mal jugé étaient un procès de deux ans intenté par un groupe de conseillers de la Douma au su de Sémion Ezrovitch DOUVAN. Le jugement de décembre 1912, sur ordre de l’empereur, a annulé toutes les décisions du gouverneur de Tauride et NEUMAN fut destitué de son poste. Ces actions furent désapprouvées par une partie de la population caraïme, car ceci, à leur avis portait dommage au prestige de toute la communauté. D’ailleurs, cette histoire n’a pas été très bonne pour la réputation de Sémion Ezrovitch DOUVAN lui-même, bienqu’il ait agi strictement dans le cadre de la législation.

De même, il y a eu des excès lors de la transmission de ses pleins pouvoirs à son successeur. En janvier 1911, lorsque NEUMAN après plus d’un mois fut officiellement cofirmé dans sa fonction, Sémion Ezrovitch DOUVAN a réuni la Douma, où il se fit appelée Maire. Le résultat a été qu’il fut accusé d’avoir outrepassé ses pouvoirs et dut payer une amende de 25 roubles qui fut immédiatement réglée. Restant conseiller municipal ordinaire Sémion Ezrovtich DOUVAN s’est montré très tempétueux. Le 15 février, deux semaines après ce désagréable événement, en discutant le programme des fêtes du cinquantenaire de la grande réforme de l’abolition du servage, il a proposé de construire dans la ville une bibliothèque au nom de l’Empereur Alexandre II, ayant indiqué l’emplacement à l’Est de la place du théâtre. Le 25 février Sémion Ezrovitch DOUVAN a concrétisé ses propositions et exprimé le souhait de construire la bibliothèque entièrement à son compte soit de 11 à 12.000 roubles et en y destinant 500 de ses propres livres. Cette bibliothèque, d’un prix final de 25.000 roubles, a été donnée en propriété à la municipalité le 25 octobre 1913. C’est alors que la Douma a décidé d’inscrire sur les murs de la bibliothèque : « Avec les moyens du conseiller de la Douma Sémion Ezrovitch DOUVAN », mais l’ouverture de la bibliothèque, le 19 juillet 1916, a eu lieu après que Sémion Ezrovitch DOUVAN fut réélu Maire.

Sémion Ezrovitch DOUVAN a pris sa revanche lors des élections du Président de la municipalité locale qui ont eu lieu peu de temps après. Il a gagné ce poste le 26 septembre 1911 avec une seule voix de majorité et le 5 janvier 1913 il a été confirmé par le Gouverneur. Le 25 janvier de la même année Sémion Ezrovitch DOUVAN fut élu membre de la commission scientifique des archives de Tauride se composant de savants reconnus en Russie et d’hommes publics.

Pendant des élections du gahkam (chef religieux des caraïmes) d’Odessa et de Tauride, le 8 octobre 1912 Sémion Ezrovitch DOUVAN a eu l’honneur d’être nommé président de l’union des conseillers des communautés caraïmes.

Le mémorandum en l’honneur de Sémion Ezrovitch DOUVAN réalisé en 1916 par la chancellerie impériale dit : « En tant que président de la municipalité locale, il a construit un certain nombre d’écoles, hôpitaux et points agronomiques, il a réglementé l’exploitation des terres, a développé l’élevage de bovins, de chevaux et d’ovins par le biais de l’installation des écuries exemplaires et des points d’accouplement, il a tracé à travers tout le district d’Eupatoria un réseau téléphonique ».

Dans les affaires de la municipalité, il s’est manifesté aussi par la construction de l’école primaire d’agriculture, où Sémion Ezrovitch DOUVAN fut le Président du comité de surveillance. Il a eu beaucoup de peine non seulement pour trouver les terrains mais également pour convaincre les donateurs des moyens qu’il fallait construire un tel établissement dans les environs et non dans la ville. Sémion Ezrovitch DOUVAN fut également principal dans la commission de l’éducation populaire. Au début de 1912 il commença de construire le chemin de fer de Djankoï à Eupatoria, cependant à l’époque ce projet ne put pas se réaliser.

Pendant les élections municipales ultérieures, le 25 septembre 1915 les conseillers de la Douma ont proposé au poste de Maire un seul candidat – Sémion Ezrovitch DOUVAN qui fut élu à une grande majorité de 33 contre 7 et le 6 octobre, il fut confirmé à ce poste par le Gouverneur, ce qui l’obligea de démissionner par anticipation de son poste de Président du conseil municipal. En ce temps trouble de la guerre il n’y avait pas de candidats voulant prendre la responsabilité de ce poste. A ce moment, Sémion Ezrovitch DOUVAN ne pouvait pas savoir que sa destinée n’était pas d’exercer toute la durée de son mandat, et que dans presque 2 ans il serait obligé de quitter le pays natal pour toujours.

A la veille des élections, le 21 octobre se réalise le rêve des habitants d’Eupatoria : à l’initiative du gouverneur de Tauride KNYAJEVITCH la ville fut reliée au chemin de fer à Simféropol, ce qui accrut immédiatement le prestige de la station balnéaire. La décision de l’Empereur du 13 mai 1915 de construire dans la ville l’établissement de la dimension nationale pour le traitement par les boues du nom du TSarevitch Alexis a également contribué à ce prestige. Le choix de l’emplacement est dû au mérite de Sémion Ezrovitch DOUVAN et le résultat de son activité précédente, orienté vers le développement d’Eupatoria. En mai 1914, quelques mois avant qu’au centre de la région, à Eupatoria fut inaugurée la ligne du tramway. D’ailleurs, le parcours de la première ligne, qui existe toujours, a été proposée par Sémion Ezrovitch DOUVAN.

La nouvelle autorité municipale se trouva dans une situation extrêmement difficile, tout d’abord à cause de la réduction des budgets pour les besoins locaux vu l’état de la guerre. Nous pouvons également remarquer qu’après l’entrée en guerre de la Turquie, le port international d’Eupatoria fut totalement fermé. Cela a provoqué le chômage tout de suite. D’un autre côté, en 1916, la fermeture pour les Russes des stations balnéaires européennes et l’ouverture du réseau ferroviaire résultent en ce qu’Eupatoria a reçu 40.000 estivants au lieu de 10.000 ou 15.000. Dans une telle situation, Sémion Ezrovitch DOUVAN n’a pu réaliser la plupart de ses projets. Mais même dans cette situation difficile, il trouva les ressources et enfin ouvrit la bibliothèque en l’honneur d’Alexandre II (actuellement nommé bibliothèque A.S. POUCHKINE).

Il réussit également la réalisation de son autre projet. Encore pendant le début de la construction de la bibliothèque, il planifiait la construction du musée de la science et de l’histoire. Quand à la municipalité s’adressèrent les membres de la Commission archéologique impériale avec les propositions pour l’exécution de recherches archéologiques et l’organisation à Eupatoria du musée local, les deux propositions reçurent le soutient du Maire. Pendant les fouilles à Eupatoria, il fut possible de préciser l’endroit exact de la ville antique de Kerkinitide. Les trouvailles archéologiques, comme il était prévu, devinrent la base de la collection du nouveau musée. En plus la Douma municipale prit un décret relatif à la nécessité de la réalisation des fouilles.

Pendant son service d’état, Sémion Ezrovitch DOUVAN a occupé beaucoup de postes publics qui étaient occupés par son père aurefois. Depuis 1906, il a été plusieurs fois élu à l’assemblé d’Eupatoria, curateur honoraire du gymnase des garçons, curateur de l’hôpital du district d’Eupatoria, curateur de l’école des sourds et muets. En 1902, directeur du Comité des prisons. En 1904, membre de la filiale de la Tauride de la Croix Rouge russe. Depuis 1907, il fut président du conseil des curateurs du gymnase des filles et un des trois élus d’Eupatoria à l’assemblée provinciale. Depuis 1911, honorable juge de paix. En 1914, président du Comité d’Eupatoria des blessés de guerre. En 1916, président du Comité des bibliothèques. On peut dire qu’il n’y avait pas d’organisation publique que Sémion Ezrovitch DOUVAN n’ait présidée ou du moins à laquelle il n’ait participé. Ces postes ne lui donnaient aucun avantage matériel, mais au contraire ils exigeaient le sacrifice de ses propres ressources pour la liquidation de difficultés permanentes. Et Sémion Ezrovitch DOUVAN a toujours répondu à de tels besoins.

Par exemple, avec ses apports annuels, il donnait la possibilité à la Direction de l’enseignement d’inviter des professeurs étrangers, payait les uniformes de 15 élèves sur ses honoraires personnels, équipait tous les fonctionnaires ; il a mis en ordre la cour du gymnase qui était en état négligé et, en général, a toujours et en tout pris à cœur tous les besoins et intérêts de l’« alma mater » natale.

L'Ordre honorifique de Sainte-Anne de l'Empire russe (2ème classe)
L’Ordre honorifique de Sainte-Anne de l’Empire russe (2ème classe)
L'Ordre honorifique de Sainte-Anne de l'Empire russe (3ème classe)
L’Ordre honorifique de Sainte-Anne de l’Empire russe (3ème classe)

Pour son service public et étatique Sémion Ezrovitch DOUVAN fut décoré de l’ordre de Sainte-Anne de la 3ème et de la 2ème classes, de l’ordre de Saint-Vladimir de la quatrième classe, de la médaille de la Croix-Rouge russe,

L'Ordre honorifique de Saint-Vladimir de l'Empire russe (4ème classe)
L’Ordre honorifique de Saint-Vladimir de l’Empire russe (4ème classe)

de l’insigne des Romanovs de la 2ème classe et de la croix d’argent de l’ordre honorifique grec du Sauveur. En reconnaissance Sémion Ezrovitch DOUVAN a donné à l’église grecque d’Eupatoria 400 roubles et un lustre en bronze coûtant 500 roubles.

Dans le district d’Eupatoria Sémion Ezrovitch DOUVAN était un grand propriétaire terrain : il possédait un bourg situé à 25 verstes au nord de la ville (actuellement appelé le village de Louchino du district Saksk) qui comprenait 4015 deciatines (1 deciatine=1.09 hectare) d’un coût global de 400.000 roubles. La plupart de ces propriétés (environ 2500 déciatines) lui furent données par succession, ainsi qu’à son frère. Un peu après la mort

La Médaille de la Croix-Rouge russe
La Médaille de la Croix-Rouge russe

de leur mère l’héritage du père fut partagé entre eux par accord amiable le 13 Mars 1913. En plus de cela, les frères détenaiten un patrimoine commun de 722 déciatines situé près du village de Djaltchak.

L'insigne des Romanovs (2ème classe)
L’insigne des Romanovs (2ème classe)

La gestion de Sémion Esravich DOUVAN est reconnue particulièrement bonne et spécialisée dans l’élevage des ovins et des chevaux. A l’exposition agricole de 1911, il reçut la médaille d’or pour les moutons et d’argent pour les chevaux. A la première exposition de Russie en septembre 1912 à Moscou son domaine fut médaillé d’or. En 1894, son père, Esra Issakovitch DOUVAN avait ouvert le 1er moulin à vapeur où travaillaient plus de 30 ouvriers salariés, plus tard lui a succédé son fils aîné. Les salaires et les conditions de travail au moulin étaient très bons.

La croix d'argent de l'ordre honorifique grec du Sauveur
La croix d’argent de l’ordre honorifique grec du Sauveur

Le 27 mai 1906, soulevés par l’agitateur du parti socialiste-démocrate NIEMITCH les paysans cassèrent 6 chariots et incendièrent le moulin de DOUVAN. Les dommages subis s’établirent à plus de 100.000 roubles.

Dans la ville même appartenaient à Sémion Ezrovitch DOUVAN plusieurs bâtiments :

  • une maison de rapport de 2 étages de style moderne construite en 1907-1908 en face de la cathédrale St. Nicolas, avec un pavillon d’un étage pour sa famille.
  • une datcha (maison de campagne) familialle « Rêve », construite en 1900, et
  • une villa « Carmen » construite en 1911 avec des chambres à louer bon marché pour les curistes.

A part cela, avec quelques autres conseillers de la Douma, il a acheté les terrains qui dans l’avenir lointain conviendraient au développement de la station, puisque le Conseil municipal n’avait pas les moyens de les acheter lui-même. Tout le patrimoine en ville de Sémion Ezrovitch DOUVAN à la veille de la guerre s’élevait à 7.000 roubles. De plus, il y avait des fonds immobiliers de 8.000 roubles qu’il partageait avec son frère.

Sémion Ezrovitch DOUVAN était un bon père de famille. Sa femme Sara IOSSIPHOVNA (née KALFE) lui a donné cinq enfants, trois fils : Joseph, Serge et Boris, et deux filles : Anne (nom du mari BOUDO) et Elisabeth (nom du mari GHELELOVITCH). Toute la famille de DOUVAN a eu le temps de s’expatrier.

Le rapport de Sémion Ezrovitch DOUVAN avec la famille impériale mérite une attention particulière. Il fut par deux fois présenté au couple impérial en tant qu’un des députés de la délégation de l’assemblée de la province de la Tauride : le 5 septembre et 1 novembre 1909. La dernière fois, il lui a été fait cadeau du portrait du TSarevitch et du GRAND DUC Alexis NIKOLAïEVITCH. Pendant son séjour à Livadia le 5 novembre 1913, Nicolas II se trouvait dans une très bonne humeur, car les bains de boue locaux avaient une bonne influence sur la santé de l’héritier. Puisque ces bains de boue se situaient dans le district d’Eupatoria, dont le président était Sémion Ezrovitch DOUVAN, l’empereur fut particulièrement aimable avec lui. Dans les discussions, Sémion Ezrovitch DOUVAN a attiré l’attention du tsar sur la salubrité particulière des boues d’Eupatoria, de la mer et des plages de sable, mais aussi sur la nécessité de tracer le chemin de fer vers la ville. La silhouette pittoresque de l’homme de 40 ans, dans la force de l’âge, a retenu l’attention du tsar.

Le 16 avril 1915 Sémion Ezrovitch DOUVAN, président de la municipalité du district, fut présenté à nouveau à l’Impératrice et lui offrit un album de photos avec les vues sur Eupatoria. Sa venue à Tsarskoé Sélo a été liée avec le fait qu’Alexandra FIODOROVNA a choisi Eupatoria pour l’organisation de l’hôpital militaire. Le même jour, elle a écrit à Nicolas II à Sébastopol : "La-bas, il a des boues, du soleil, la mer, des bains de sable, l’électricité, des cures d’ eaux, un jardin et une plage".

Après la nomination de Sémion Ezrovitch DOUVAN comme directeur du sanatorium, transformé en hôpital, en l’honneur d’Alexandra FIODOROVNA, pour les blessés de guerre, il est encore allé plusieurs fois à Tsarsloé Sélo ; en tout cas, l’Impératrice l’évoque dans cinq de ses lettres. C’est l’entretien de l’hôpital qui a probablement causé la vente d’une de ses propriétés. Bientôt pour ses efforts pour la mobilisation il a reçu la croix de St. Vladimir de la 4ème classe.

Le 24 avril 1916, la ville fut bombardée au canon par le croiseur allemand « Breslaou ». Pour apporter du réconfort à la ville, le 16 mai 1916 Nicolas II et sa famille ont visité les curiosités de la ville : la cathédrale orthodoxe de St. Nicolas, la mosquée de khan, la kinessa caraïme et ils sont passés par la ville en voiture. Au sanatorium d’Alexandra FIODOROVNA le tsar a décoré les soldats, il s’est promené à pied dans la rue de DOUVAN jusqu’à la mer, où il s’est beaucoup intéressé aux techniques de soins à la plage et aux bains de sable. Afin de saluer les personnes impériales, Sémion Ezrovitch DOUVAN lui-même a prononcé à la gare un discours de bienvenue au nom de la ville, a apporté le sel et le pain (selon la tradition russe) de la part des habitants d’Eupatoria et 30.000 roubles dans un vieux coffret arabe pour les besoins des blessés. La famille royale a passé toute la deuxième partie de la journée dans la villa de DOUVAN "Le Rêve". La foule curieuse, qui ne se dispersait pas, ne laissa pas le tsar se baigner dans la mer, ce que l’a rendu mécontent. Le dauphin a construit un château de sable que les lycéens ont ensuite entouré d’une clôture et protégé comme une relique.

Dans son journal personnel le tsar a noté :

« A 7 heures du matin nous sommes arrivés à Eupatoria pendant que je dormais encore. A 10 heures nous sommes descendus du train et après l’accueil de la délégation, nous sommes partis vers la ville. Le temps était chaud, gris et venteux. Nous avons visité une église orthodoxe, une mosquée et la kinessa caraïme qu’avait également visitée Alexandre Pavlovitch en 1825. Après avoir visité l’hôpital Alix, nous sommes allés à la mer avec Alexis pour voir les bains. Nous avons également visité l’hôpital du district et nous sommes revenus dans le train à 13 heures 15. Après le déjeuner, nous nous sommes rendus en ville dans la datcha occupée par Anne, on a voulu se baigner mais l’air était froid. Ayant bu du thé, nous avons rejoint le train et à 18 heures 15 nous sommes partis d’Eupatoria. La ville donne une impression très agréable et il faut souhaiter qu’elle devienne une grande place pour les soins. »

Il a été tourné un film sur cette journée, dans laquelle on peut reconnaître Sémion Ezrovitch DOUVAN, le gouverneur de la province de Tauride et les autres. Voici ce film :

En mémoire du voyage à Eupatoria dans l’album de famille des Romanovs on trouve une série de photographies où est représentée la famille au bord de mer, et chez Sémion Ezrovitch DOUVAN.

C’est probablement, à ce moment que Nicolas II a offert à Sémion Ezrovitch DOUVAN un porte-cigarette en or avec un aigle bicéphale en brillants. Le tsar a remercié par deux fois Sémion Ezrovitch DOUVAN, l’Impératrice a également envoyé un télégramme de remerciements. Personne n’aurait pu deviner que la dynastie des Romanovs ne resterait au pouvoir que moins d’un an après cette date. Il s’est trouvé qu’Eupatoria a été le dernier endroit en Crimée où s’est posé le pied de l’empereur russe, se séparant de cette presqu’île pour toujours.

En juillet, l’Impératrice a proposé Sémion Ezrovitch DOUVAN à la plus haute distinction en dehors des règles du système, mais cette distinction n’a pu lui être donnée. Malgré son approche de la maison royale Sémion Ezrovitch DOUVAN avait un titre civil peu élevé, ce qui apparaît rabaissant pour une personnalité d’une telle envergure. Ceci a été remarqué par la chancellerie impériale au vu de la biographie personnelle de Sémion Ezrovitch DOUVAN. Après la bienveillance de l’impératrice, pour ses 6 ans de service il aurait dû être nommé au grade huit de la Table des Rangs (Assesseur de collège), mais ce grade n’a pu lui être donné à temps.

A la 2ème élection du Maire, en face de la famille Sémion Ezrovitch DOUVAN il est écrit Gentilhomme. Dans le système bureaucratique du gouvernement russe, cela correspondait au titre de conseiller titulaire que Sémion Ezrovitch DOUVAN n’avait pu atteindre. Mais il aurait pu l’atteindre par décision personnelle du Tsar. Grâce à cela, dans l’émigration Sémion Ezrovitch DOUVAN a pu poser devant le nom de famille une noble particule "de".

La tradition familiale des DOUVAN était le souci des gens les plus pauvres du district. Sans contestation, Sémion Ezrovitch DOUVAN se tenait aux idées libérales. Particulièrement, ceci s’est révélé aux cours des disputes avec ses opposants. Il soutenait de toutes ses forces les aspirations des paysans à l’instruction secondaire et supérieure. Cela ne le gênait pas que les enfants des gens pauvres étudient avec ses filles, dans le même gymnase et dans la même classe. Sémion Ezrovitch DOUVAN avait le droit d’accorder des bourses d’études supérieures en son nom de 350 roubles, il avait le droit de désigner nominativement les boursiers. Grâce à Sémion Ezrovitch DOUVAN, le budget municipal fut multiplié par cinq, de 1905 à 1916, passant de 147.308 à 782.332 roubles et cela signifie le développement de la ville et l’enrichissement de ses habitants. Toutefois, le développement d’Eupatoria fut pour longtemps stoppé par les événements survenus.

La révolution de février, l’abdication de Nicolas II, la chute de la monarchie en Russie, se sont révélées apparemment comme un profond tremblement de terre pour Sémion Ezrovitch DOUVAN. Il n’a pu surmonter l’émotion, et c’est probablement pour cela qu’il n’a pu assister à deux réunions de la Douma, pendant lesquelles on a lu le télégramme de Monsieur le Gouverneur de Tauride sur la formation du Gouvernement Provisoire, le manifeste de l’Empereur du 2 Mars et celui du Grand Duc Michel du 3 Mars.

Cependant, à l’assemblée suivante, Sémion Ezrovitch DOUVAN a salué la révolution non sanglante qui a nettoyé l’état d’un régime autocratique déjà pourri dans ses bases, et appelé les conseillers à l’exercice soigneux de toutes leurs fonctions avant la convocation de l’Assemblée Constituante.

Suite à l’ordre du Gouvernement Provisoire du 16 juillet 1917, a eu lieu la désignation anticipée de nouveaux conseillers, à la place des hommes connus et en faveur d’activistes inconnus, membres du parti des socialistes révolutionnaires, du bureau musulman, du parti constitutionnel démocratique et d’autres plus petits partis y compris les sociaux démocrates. Il est vrai que Sémion Ezrovitch DOUVAN est aussi entré dans la nouvelle composition, en tant qu’ « humaniste » indépendant.

Lors de la première réunion de la nouvelle composition de la Douma du 1 août 1917, dans son discours inaugural Sémion Ezrovitch DOUVAN a accueilli la nouvelle composition, soulignant sa bonne volonté pour l’accomplissement de ses obligations envers les conseillers précédents. Malgré les conditions difficiles en temps de guerre, ils ont résolu les problèmes d’approvisionnement de la nourriture, d’aide aux familles des recrues.

Eupatoria s’est montrée, par rapport à d’autres villes de Russie, dans un meilleur état financier, bien que, depuis de début de la guerre, le port de commerce de la ville fût pratiquement fermé. Pour le poste du président de la Douma a été élu un représentant de la fraction dirigeante des socialistes révolutionnaires. Ce nouveau leader a déclaré : « il est indispensable de recruter pour l’administration locale toutes les forces vives de la démocratie, à savoir les membres du Soviet des députés des ouvriers, des soldats et des paysans » Tout de suite après, Sémion Ezrovitch DOUVAN, invoquant son mauvais état de santé, a démissionné de son poste de Maire et de conseiller municipal, enlevant la chaîne qui décorait sa poitrine et il quitte l’assemblée. Le nouveau dirigeant de la réunion publique, selon la liste conservée dans les archives, avec une satisfaction tout à fait particulière, a barbouillé avec un crayon rouge et gras le nom du nouvel élu DOUVAN, en déchirant la page avec exaspération. Son travail dans la nouvelle composition n’était plus possible. Désormais, le temps de tels hommes d’action comme S. E. DOUVAN est passé sans retour. Maintenant, l’élection au poste se passait suivant les listes du parti et non selon les qualités personnelles.

Au bout de quelques jours, après le 10 août, au poste de Maire a été élu du parti des socialistes révolutionnaires, l’ancien secrétaire technique de la ville et les quatre autres places étaient distribuée aux candidats de la fraction socio- démocrate, musulmane et sioniste.

Il est probable que, rapidement après les événements décrits Sémion Ezrovitch DOUVAN ayant vendu une partie de ses propriétés, ait émigré à l’étranger. Cependant la date exacte de son départ n’a pu être établie. La dernière fois que son nom figure dans les documents d’Eupatoria, c’est le 5 octobre 1917, dans le journal « Eupatoria Révolutionnaire ».

Heureusement il n’était plus là au début de l’année 1918, quand pendant la période du 14 au 18 janvier, les matelots rouges de Sébastopol ont massacré tous les officiers et riches citoyens selon leur point de vue. En total, trois cents personnes ont été martyrisées. Le 22 juillet 1918 pour éviter la destruction complète de l’économie municipale, le Gouvernement de Crimée a décidé de rappeler l’ancienne Douma. A ce propos un télégramme à Sémion Ezrovitch DOUVAN a été envoyé. Cependant il est apparu qu’il ne se trouvait plus ni à Eupatoria ni en Russie. Selon toutes apparences, le fils aîné Joseph s’est battu, dans la cavalerie, pendant la guerre civile contre les bolchéviks. Il a été grièvement blessé à la jambe et obligé de prendre de la cocaïne, ce qui l’a rendu dépendant. Il a vécu avec sa merveilleuse femme en Argentine à Buenos Aires et y est mort.

Dans le livre de I. Selvinski "Oh, ma jeunesse !" dans les personnages principaux on reconnaît sans peine les représentants de la famille DOUVAN et ceci reste évident avec la description de l’aspect extérieur du père CHOKAREV : « homme fort, aux larges épaules, avec une voix puissante ».

Nous ne savons presque rien de la période de la vie de Sémion Ezrovitch DOUVAN à l’étranger, qui dura quarante ans, de 1917 à 1957. Mais sans doute cette période fut difficile pour Sémion Ezrovitch DOUVAN. D’après les souvenirs d’avant-guerre de la célèbre égyptologue HODJAJ, née à Eupatoria, celle-ci dans son enfance, a vu dans le journal de l’émigration que l’ancien Maire d’Eupatoria était dans le besoin de gîte et d’aliment. Selon toute vraisemblance, la plupart de son capital avait été investie dans l’immobilier (terrain, maison de rapport et sanatorium) qui a naturellement été nationalisé après la révolution d’octobre de 1917, privant son propriétaire de moyens de survie.

Néanmoins, même se trouvant à l’étranger, Sémion Ezrovitch DOUVAN a entrepris des mesures significatives, ayant beaucoup d’importance pour toute la nation caraïme. En septembre 1938 Sémion Ezrovitch DOUVAN est parti à Berlin, où il s’est adressé par deux lettres du 5 et 10 octobre au Ministre des affaires intérieures. Pour cette question il a reçu le soutien du bureau de l’émigration et de l’évêque de Berlin et de l’Allemagne. Le 5 janvier 1939 il a reçu une lettre de la part du Bureau Racial d’Etat qui a indiqué que le peuple caraïme n’était pas identifié, par race ou par religion, comme Juif. De sorte que, avant le début de la 2ème guerre mondiale, la position juridique des Caraïmes en Allemagne a été régularisée, alors que les principaux lieux de résidence des Caraïmes se sont révélés être dans la zone d’occupation allemande (Pologne, France, URSS). Ainsi, cette population peu nombreuse comprenant quelques milliers de personnes a été sauvée du complet anéantissement physique. Il n’est pas possible dans ce cas d’apprécier à sa juste valeur le mérite de Sémion Ezrovitch DOUVAN pour son peuple et l’humanité. Il ne mérite en aucun cas le reproche fait par B. S. ELIYACHEVITCH pour son attitude dédaigneuse envers tout ce qui était national caraïme et son attitude proeuropéenne.

Sémion Ezrovitch DOUVAN s’est éteint le 05.02.1957 à Beaulieu sur mer, en France. Il fut enterré suivant le mode orthodoxe, sur la demande de sa fille Anna Boudo. Toute la deuxième moitié de sa vie il a rêvé de retourner au pays natal et n’a pas perdu cet espoir jusqu’à la fin. Dans son testament établi en juin 1950, Sémion Ezrovitch DOUVAN a demandé à ses successeurs, à la première occasion, de transférer ses cendres à Eupatoria et de les enterrer auprès de son père. Sa fille Lisa espérait la même chose. "Je crois que tôt ou tard, la Russie se débarrassera des bolchéviks et dans ce cas sera établi un Etat normal" – a-t-il écrit. Sémion Ezrovitch DOUVAN souhaitait qu’à la villa "Carmen" (actuellement un sanatorium du nom de Lénine) soit installée une maison de retraite exemplaire. Par son testament, nous connaissons l’existence d’un manuscrit avec ses mémoires, mais nous n’en avons malheureusement pas eu connaissance.

En France habitaient ses enfants et maintenant continuent de vivre ses petits enfants et arrière petits enfants. Ils ont tous des raisons d’être fiers de leur grand-père.

Notre récit ne serait pas complet, si nous ne nous mentionnions pas Isak Ezrovitch DOUVAN-TORTSOV (veuillez consulter Wikipedia) (TORTSOV était un pseudonyme théâtral du frère cadet de S. E. DOUVAN) (1873-1941) qui en 1896 a terminé la faculté de droit à l’université de Kiev. En 1901 il a été assermenté auprès du tribunal de Kiev. Toutefois, il a abandonné sa carrière d’avocat et a commencé à jouer au théâtre. De 1904 à 1910 il fut metteur en scène et directeur des théâtres de Kiev et de Vilnus. En 1911 il a été invité au théâtre d’art de Moscou de K. S. Stanislavski en tant qu’acteur. Eventuellement Tortsov a financé lui-même des spectacles, il a toujours pris la participation la plus active aux spectacles de bienfaisance (en particulier pour les besoins d’Eupatoria). Il tourna comme acteur de cinéma à Kiev et Odessa. Il enseigna également à l’école d’art dramatique. En 1919 il a émigré d’abord en Bulgarie et après en Angleterre, où il créé à Londres son studio d’art dramatique. Il est mort en tombant sous les roues d’une voiture à Londres. La personnalité de TORTSOV mérite un récit séparé.

Comme il est visible dans ce qui précède, tous les représentants de la famille DOUVAN sont sans conteste des gens peu ordinaires. L’arrière grand-père était un homme d’action populaire et philanthrope, et ses fils ont laissé des traces remarquables. L’aîné, dans le champ d’action du développement de la station balnéaire d’Eupatoria, le cadet, dans l’art dramatique et cinématographique. Son fils dit « Michel le gros » a tourné beaucoup de films dont « Tarass Boulba » et « Boule de Suif ». Ils se sont tous distingués en responsabilité devant leur petit pays natal, ayant la volonté de le rendre plus beau et maintenant, presque à chaque pas, tous se souviennent d’eux. Le théâtre, dans lequel ont joué les troupes de la capitale et TORTSOV lui-même. En face la bibliothèque du nom d’Alexandre II, la rue DOUVAN, le sanatorium « Carmen » et la datcha de DOUVAN "Le Rêve" où se sont reposés les derniers représentants de la Monarchie. La datcha était située sur la plage, il n’en reste actuellement que deux pierres de fondation. Pendant près de 60 ans Eupatoria s’est développée dans le cadre des perspectives qu’en son temps avait prévues Sémion Ezrovitch DOUVAN. Tout ce qu’il a fait ne poursuivait pas d’intérêts nationaux et étroits mais était pour le bien de la commune, sans distinction de religions et de nationalités.


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